« Si l’on veut créer de l’emploi, il faut absolument favoriser les entrepreneurs »

L’Union des classes moyennes (UCM) est un des acteurs clés du monde économique francophone. Elle représente et défend les indépendants et les PME de Wallonie et de Bruxelles, non seulement lors de la négociation des accords interprofessionnels mais également au quotidien, au travers de ses contacts avec le monde politique ou encore avec les médias, et en offrant à ses membres des avantages individuels propices au développement de leurs affaires. Et, très régulièrement, l’UCM est amenée à collaborer avec la Fédération Royale du Notariat belge.

Interview avec Christine Lhoste, secrétaire générale  de l’UCM depuis septembre 2013.

Qui représentez-vous exactement ?
Christine Lhoste : « L’UCM est un groupe social comportant deux grandes sections. La première consiste à apporter toute une série de services à nos membres, avec notamment la caisse d’assurances sociales, le secrétariat social, le guichet d’entreprise, la caisse d’allocations familiales, etc. Tous ces services sont encadrés par une série de textes légaux et réglementaires. A côté de ce pan important des activités de l’UCM, il y également ce que j’appelle le « mouvement », c’est le côté
« organisation syndicale », de défense des indépendants.

En l’occurrence, comme secrétaire générale, je dirige ce « mouvement » et mon métier consiste donc à défendre collectivement les indépendants et les PME auprès des instances politiques et à faire en sorte que l’UCM soit un relais constructif qui permette de faire connaître les indépendants, leurs difficultés, leurs besoins, les freins qu’ils rencontrent. Nous avons aussi un rôle d’accompagnement au travers d’un important volet « développement économique ». Nous aidons nos membres à s’y retrouver dans les méandres des dispositifs européens comme le Fonds social européen (FSE) ou le Fonds Européen de Développement Régional (Feder). On aide par ailleurs les porteurs de projet à préparer leur business plan, à mettre en place tous les outils marketing communication dont ils ont besoin, à prendre toutes les dispositions nécessaires pour une transmission d’entreprise optimale, on les aiguille aussi vers les aides au financement via le fonds de participation, etc.

Nous sommes également sur le point de lancer un nouveau produit pour nos membres avec des avantages destinés à leur faciliter la vie (bouclier fiscal, recouvrement de créances, service juridique, etc). Un chiffre pour résumer l’UCM : notre mouvement compte 50.000 indépendants et chefs d’entreprise. »

Et puis, il y a aussi votre rôle dans la concertation sociale au niveau fédéral…
C.L. : « Effectivement. Là, l’UCM est le représentant attitré des indépendants et chefs d’entreprise francophones. C’est un rôle très important puisqu’il s’agit de faire entendre la voix des indépendants et des PME non seulement auprès du monde politique, mais également auprès de monde syndical. »

L’UCM couvre tout l’espace francophone. Mais peut-on dire que c’est surtout en Wallonie que votre poids est important ?
C.L. : « A Bruxelles, c’est vrai que l’on a une position beaucoup moins dominante qu’en Wallonie, mais on ne veut absolument pas s’en contenter. L’UCM est une organisation francophone et si nous voulons continuer à exercer un rôle essentiel pour les indépendants et chefs d’entreprise francophones, nous devons grandir à Bruxelles. C’est pour cette raison que nous avons conçu tout un plan stratégique de développement. On a restructuré les équipes, les méthodes de travail et mis au point un plan d’action spécifique pour Bruxelles qui va être mis en œuvre au cours des prochains mois. »

« Je crois qu’il y a trop souvent une confusion entre les honoraires du notaire et les différentes taxes qu’il doit percevoir pour le compte des pouvoirs publics. »

En tant qu’organisation patronale, quel type de relation entretenez-vous avec le monde notarial ?
C.L. : « La Fédération Royale du Notariat belge est membre depuis toujours de l’UCM. On a vraiment des relations très, très proches. Il faut peut-être rappeler que la Fédération a été à l’origine de la création [NDLR : en 1961] de l’Union nationale des professions libérales et intellectuelles de Belgique (Unplib). Énormément de liens se sont créés dans ce cadre-là entre l’UCM et la Fédération. Je pense qu’on a besoin les uns des autres pour avancer. Je vous donne un exemple concret, récent, c’est le dernier en date des dossiers sur lesquels nous sommes concertés : la loi sur les pratiques de marché applicables aux professions libérales. Notre cheval de bataille à l’UCM, à l’ Unplib et chez les notaires, consiste à opérer une distinction nette entre les règles applicables aux commerçants et celles destinées aux titulaires d’une profession libérale.

En effet, leurs modes de fonctionnement n’ont rien à voir. On pourrait, par exemple, citer ne fût-ce que le fait que les commerçants bénéficient des périodes de soldes et ne disposent pas d’ordre déontologique alors que pour les professions libérales, c’est le contraire. Il s’agit là d’un simple exemple mais qui démontrent bien les différences qui régissent ces deux mondes.

Cela justifie l’application de législations spécifiques alors qu’au départ, il faut tout de même le rappeler, le ministre fédéral de l’économie dans le gouvernement Di Rupo, Johan Vande Lanotte, souhaitait une législation unique. Finalement, après un long combat et une excellente collaboration avec les notaires – à l’époque j’étais chef de cabinet adjoint au cabinet de la ministre des Classes moyennes, des PME, des Indépendants Sabine Laruelle, j’ai donc assisté en première ligne à tout ce qui s’est passé . l’UCM a rédigé un texte qui a pu ensuite être transformé en projet de loi puis en loi. »

Comment qualifieriez-vous la collaboration entre l’UCM et le notariat ? Plutôt une collaboration technique ou un support au lobbying ?
C.L. : « Les deux. Comme organisation interprofessionnelle, l’UCM s’est créé un large réseau qui peut être utile dans les opérations de lobbying que la Fédération ou l’Unplib jugeraient nécessaires de mener.

Mais il existe aussi une dimension technique non négligeable : les compétences juridiques que la Fédération peut mobiliser sont remarquables. A titre personnel, je l’ai constaté à plusieurs reprises, notamment lors des discussions concernant le projet de loi pour l’exercice en société de la profession de notaire. Je pourrais donner d’autres exemples de collaboration, comme le projet de soumettre les professions libérales à un numéro d’entreprise.

A chaque fois, de nombreux contacts préalables ont permis de faire en sorte que le dossier aboutisse de la manière la plus correcte possible. En fait, c’est très rassurant pour nous, à l’UCM, de savoir que le texte sur lequel on va aller faire du lobbying auprès des différents gouvernements a été rédigé par des professionnels compétents et enthousiastes. D’autant que cela assure une certaine légitimité et un poids au texte. »

« Il faut aider les commerçants à évoluer avec les nouvelles technologies. »

Les notaires jouent un rôle important dans la vie économique, notamment dans la création juridique des sociétés. Pensez-vous qu’il faille dynamiser, améliorer la manière dont ce rôle est joué ?
C.L. : « Globalement, j’ai l’impression que les indépendants et les chefs d’entreprise ont une bonne perception du notaire dans ce domaine. Ils remplissent leur rôle de conseil, essentiel pour guider l’indépendant qui souhaite créer sa société.

Quelle forme choisir ? Sous quelles conditions ? On attend du notaire qu’il soit parfaitement au courant des toutes dernières évolutions législatives, et elles sont nombreuses, qui concernent l’indépendant ou le chef d’entreprise. Car, généralement, l’indépendant ne les connaît pas… »

Estimez-vous que le processus de création d’entreprise soit suffisamment rapide et pas trop cher ?
C.L.: « Je constate qu’il y a de la part de nos gouvernements, le souci de simplifier le processus de création des sociétés. Songeons ; parr exemple à la SPRL Starter. Mais on peut faire mieux et c’est évidemment à nous – et sans doute aussi à la Fédération –
qu’il revient d’aller vers les autorités pour leur expliquer encore et encore qu’il faut simplifier la vie administrative des indépendants, pour répéter encore et encore la nécessité de baisser les charges fiscales et sociales.

Pour le reste, les notaires ne sont évidemment pas responsables des lois et des délais qui sont imposés justement pour des constitutions de société ou pour la vérification de certaines conditions. Ils ne sont pas davantage responsables du coût des actes qu’ils posent, on peut penser, par exemple, aux droits d’enregistrement, ces coûts sont définis par la loi. »

Un mot de politique pour conclure : les Déclarations de politique régionale ont été faites pendant l’été au niveau des Régions et de la Communauté française. Votre analyse ?
C.L. : « Je suis mitigée. Il y a du bon, c’est vrai, mais également du moins bon. En Région wallonne, on poursuit clairement dans la continuité de la précédente législature. Parmi les éléments qui me semblent importants, la volonté de continuer à œuvrer pour une plus grande simplification administrative.

L’engagement est pris et maintenant : action !

Notre souhait est d’aller vers une charte des services publics qui doivent vraiment revoir fondamentalement la manière dont ils traitent les indépendants et les chefs d’entreprise – en réalité, la manière dont ils traitent les citoyens en général. Quand on est fonctionnaire, notre mission est d’aider les gens, les informer, et donc arrêter de matraquer les indépendants et les chefs d’entreprise. L’administration, fiscale par exemple, a une fâcheuse tendance à tomber sur les indépendants qui ont commis de simples erreurs alors que, dans le même temps, elle évite de s’attaquer à la grande fraude sociale et fiscale et organisée… Il faut aussi simplifier les structures, simplifier les aides publiques.

Mais, au fond, ma grande déception, c’est qu’on n’ait pas mis en place ce que j’appelle un plan Marshall ciblé pour les PME. Elles représentent 98% des entreprises en Belgique et tout de même 65% de l’emploi privé en Wallonie. Si l’on veut plus d’emplois, il faut plus d’entrepreneurs et donc, il faut absolument favoriser les entreprises, les PME, toutes les PME alors que, dans la déclaration wallonne, on privilégie surtout les entreprises innovantes, c’est-à-dire 30% des PME, et l’industrie.

C’est important bien sûr de soutenir ces entreprises-là, mais il ne faut pas oublier
les autres… »

Un mot sur Bruxelles ?
C.L. : « La situation y est fort différente en raison de la nouvelle majorité qui a clairement placé les TPE (les entreprises qui emploient moins de 10 salariés) et les PME au cœur de ses préoccupations économiques.

Et là, l’idée est de favoriser toutes les PME, pas seulement certains segments. Autre différence importante, à Bruxelles, il existe tout un axe consacré au commerce de proximité, c’est un point essentiel pour nous. Il faut aider les commerçants à évoluer avec les nouvelles technologies et les aider à survivre à la forte pression qu’exercent les grands centres commerciaux qui sont en train de se développer. » _

Texte: Michel Gassée  – Photos: Denis Erroyaux

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