« Avez-vous vu ces images ? »

Bert Kruismans, humoriste flamand, bien connu pour ses cafés serrés, et auteur du livre «Meneer de notaris» nous offre sa vision personelle de la réalité notariale.

Même à Hollywood un tel scénario est inconcevable. 17 avril 2014. En Iran, un meurtrier condamné à mort grimpe sur une chaise et passe sa tête à travers un nœud coulant. Il a les yeux bandés, mais il sait ce qui va lui arriver. Une dame plus âgée monte à présent sur l’échafaud. Son fils a été poignardé à mort par cet homme pendant un combat de rue. C’est pourquoi, cette mère a le droit de pousser elle-même la chaise du pied. Elle peut exécuter l’homme. Œil pour œil, dent pour dent. La mère regarde le meurtrier de manière impassible et finit par le gifler. De cette façon, elle pardonne l’homme. Il reste en vie. La mère de la victime tombe ensuite dans les bras de la mère du meurtrier. Enlacées, les deux femmes éclatent en sanglots. Fin de l’histoire, rideau.

Quel système arriéré ! Les membres de la famille des victimes qui lèvent ou baissent le pouce tel un empereur romain en décidant de la vie ou de la mort. Dans l’Ouest des Lumières, nous sommes tout de même un peu plus évolués !
Vraiment ? À l’approche des élections du 25 mai, l’électeur hésitant a pu se faire aider par toutes sortes de tests électoraux électroniques. Êtes-vous pour ou contre cette proposition ? Cliquez et notre ordinateur vous dira ce que vous êtes : libéral, socialiste, communiste, nationaliste ou quelque part au milieu.

L’une des propositions m’a beaucoup fait sourciller : les victimes doivent pouvoir décider de la libération anticipée des auteurs condamnés. Plus fort encore : les victimes qui le souhaitent pourraient exiger que les auteurs purgent leur peine jusqu’au dernier jour. À en croire les forums sur Internet, ils sont nombreux à être d’accord avec cette proposition. Permettez-moi d’ajouter quelques questions. Que faire en cas d’assassinat ? Ce droit de décision de la victime est-il transmis aux proches parents ?

Et de qui s’agit-il ? Les parents au premier degré, ou au deuxième degré également, ceux en ligne collatérale ? Quid si ces proches parents ne sont pas sur la même ligne ? Est-ce la mère de la victime qui décide ? Ou bien le père ? Quid si la victime n’a plus de famille ? Se dirige-t-on vers un système où le meurtre d’un sans-abri, d’un clochard anonyme sera moins sévèrement puni que l’assassinat d’un semblable issu d’une grande famille ? N’est-ce pas le parfait exemple d’une justice de classe ?
Et quid si la victime est aussi auteur ?
Un homme viole une jeune fille. Le père de la jeune fille tire sur le violeur. Le père est condamné pour tentative de meurtre. Le violeur peut-il également décider de la libération anticipée du père ? Les journalistes qui ont lancé cette proposition ont-ils réfléchi plus de 30 secondes ?
Le monopole de la violence est l’une des caractéristiques principales de chaque État.

Seuls les pouvoirs publics peuvent arrêter, condamner et punir des gens. Si l’on cède ce monopole, l’État n’existe plus et on retourne tout simplement tous à la préhistoire, où l’homme des cavernes ayant la plus grosse massue était juge et maître.

Mais… cette proposition s’inscrit néanmoins dans une tendance générale de ces dernières décennies, la tendance à la privatisation et à l’externalisation. L’époque où l’État devait lui-même mettre la main à la pâte pour tout est révolue. Les bâtiments publics sont surveillés par des sociétés de gardiennage privées, le concierge ayant pu prendre sa retraite. La Madame Café du ministère a été remplacée par une machine qui demeure copieusement remplie grâce à un contrat de leasing. Sans parler de la « société civile » qui, depuis mémoire d’homme, exploite écoles et hôpitaux et qui, à en croire des études internationales, parvient à fournir un excellent service au citoyen. Ce que nous faisons nous-mêmes, nous le faisons mieux : c’est à peu près l’esprit. L’État doit déléguer et contrôler sur de nombreux terrains. Mais pas davantage
non plus.

Étrange tout de même que de plus en plus de voix s’élèvent pour que le travail des notaires soit effectué par des fonctionnaires. Au cours de la dernière campagne électorale, les hommes politiques ont vite fait d’annoncer à l’unisson : la fonction publique doit être amaigrie. Est-ce compatible avec l’appel à l’ « étatisation » du notariat ? Peut-être les notaires doivent-ils s’ériger davantage encore en défenseurs principaux de leur profession LIBÉRALE.

Peut-être doivent-ils informer systématiquement dès le premier jour leurs clients et la partie adverse, qu’en Belgique, le choix du notaire est libre et qu’il est toujours possible de changer de notaire ou de choisir son propre notaire.

Le client se rendra ainsi peut-être enfin compte que le notariat est en réalité tout à fait contemporain. _

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