Le silence est-il toujours d’or ?

Bert Kruismans, humoriste flamand, bien connu pour ses cafés serrés, et auteur du livre «Meneer de notaris» nous offre sa vision personelle de la réalité notariale.

« Mon cher confrère, l’avez-vous lu vous aussi ? Il est fantastique, n’est-ce pas ? »
« Mon cher confrère, l’avez-vous regardé vous aussi ? Scandaleux, n’est-ce pas ? » Si j’en crois ma fantaisie débridée, il s’agit là des deux sujets de discussion de ces derniers mois au sein du petit monde des notaires belges. Ou disons du moins dans celui des notaires flamands.

La première remarque « l’avez-vous lu ? Il est fantastique, n’est-ce pas ? » concerne, bien entendu, le livre « Meneer de notaris » écrit par votre serviteur. La modestie n’a jamais été mon point fort, mais vous avez devant vous un auteur heureux. Le lecteur flamand a chaleureusement accueilli ce livre et il l’a adoré. Il a terminé à la sixième place de la section informative des livres les plus vendus de 2013. Pas mal pour un ouvrage seulement paru à la mi-octobre ! La clé du succès réside dans la discrétion des notaires (honoraires) que j’ai pu interviewer pour ce livre. Comme tous les témoignages étaient anonymes, de nombreux notaires étaient prêts à se confier. Je les en remercie. Aux lecteurs francophones parmi nous : oui, la version française arrive, mais « C’est compliqué » pour le dire en termes facebookiens. Ça arrive quand on souhaite traverser la frontière linguistique dans ce pays.

La deuxième remarque « l’avez-vous regardé vous aussi ? Scandaleux, n’est-ce pas ? »
concerne le reportage de Panorama diffusé (sur la chaîne flamande Canvas, ndlr) il y a peu lors duquel quelques dossiers concrets de notaires belges étaient mis en lumière. Heureusement peut-être, mais cette émission n’a pas franchi la frontière linguistique. On n’y dépeignait pas un tableau très flateur du notariat. La raison ? Un seul son de cloche s’est fait entendre. Il y a des années, j’étais moi-même rédacteur en chef d’un programme de défense des consommateurs. Soit dit en passant, ce fut d’ailleurs la seule fois de ma carrière où j’ai pu utiliser mon diplôme de juriste. Nous nous basions sur des plaintes de spectateurs qui étaient examinées de fond en comble. Normalement, cela se passe comme avant de clouer quelqu’un au pilori. Nous élaborions des dossiers solides :
histoires poignantes de compagnies d’assurance impitoyables, cuisines cassées et machines à laver cliquetantes. Toute l’histoire était en permanence suivie par deux avocats sévères. Aucune lettre ne passait à la télévision, aucun document n’était diffusé sans qu’ils aient donné leur bénédiction. Les lettres des plaignants étaient soumises à une sélection stricte et la partie adverse avait toujours la parole à l’écran.

Et c’est justement cela qui manquait dans l’histoire de Panorama. « Mon frère, qui est juriste, a également dit que ce n’était pas très catholique et que je n’aurais pas dû signer. » C’est peut-être le cas, mais nous n’avons pas pu voir ce frère/juriste. « Je connais un greffier qui dit qu’on ne peut pas trouver de
notaire honnête ici dans les 20 kilomètres à la ronde. » Cela sonne bien ! Mais ce greffier qui a lancé ces propos forts reste invisible pour le spectateur. Ce que nous avons vu par contre, ce sont les plaignants qui me rappellent ceux de ma période de défense des consommateurs. Des personnes aigries, âgées, qui ont énormément de temps libre et encore plus de classeurs bourrés de documents et de photos. Des personnes dont la vie entière a été dominée par cette seule histoire, qui ont été rejetées par leur famille, qui ne laissaient plus les rayons du soleil entrer dans leur cœur, qui disaient qu’elles l’avaient digéré depuis longtemps, mais vous voyiez la vérité au trait serré autour de leur bouche. Des personnes que tout notaire ne connaît malheureusement que trop bien.

Ces plaignants ont-ils raison du point de vue juridique ? Le notaire a-t-il commis une erreur ? Peut-être. Peut-être pas. Nous ne le savons pas, car aucune partie adverse ne s’est exprimée et le notaire lui-même devait lutter pour respecter le secret professionnel. C’est une chose bizarre ce secret professionnel. Souvent une bénédiction, mais parfois un solide boulet à traîner. Demandez donc aux prêtres, aux juges ou aux médecins. La discrétion était jadis un élément essentiel du statut du notable du village. Cet homme, car c’était toujours un homme, connaissait les secrets, connaissait la vie. Sa volonté était loi. Le notable est depuis longtemps en voie de disparition. Une fois les projecteurs des caméras de télévision tournés vers lui pour obtenir du texte et des explications, le porteur d’un secret professionnel ne peut que perdre. Quiconque dispose en outre d’une once de pouvoir ou d’autorité, doit à présent investir dans la justification, la clarification et la réfutation.

Si un titulaire de classe ne motive pas un C, les parents se tournent vers le Conseil d’État. La liberté d’expression est un droit dont personne ne doute. Mais le droit de se taire est à présent en pleine zone de turbulences. _

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