Allô, is daar iemand?

Bert Kruismans, humoriste flamand, bien connu pour ses cafés serrés, et auteur du livre «Meneer de notaris» nous offre sa vision personelle de la réalité notariale.

Vous pensez que décembre est le mois idéal pour faire le bilan, se livrer à un exercice d’introspection, marquer le pas. Quel est donc mon bilan personnel d’une année de colonnes dans Notarius ? Très positif : elle a fait renaître le juriste en moi, mais… vous devriez savoir le calvaire qui précède à chaque fois la naissance de cette colonne. Pas pour moi, non, mais pour le rédacteur en chef. Je dispose chaque fois de trois mois pour livrer cette colonne. Dans les médias, on dira que j’ai tout le temps du monde. Et pourtant : le texte arrive à tous les coups à la rédaction juste avant (ou après) la date limite. Honte à moi et à mes descendants, je sais. Mais j’ai une excuse valable… Vraiment ! Il faut que vous sachiez que je me noie dans le travail. Débordé, débordé, débordé, qu’est-ce que je suis débordé ! Il y a le théâtre, la radio, la télévision, mais aussi une intervention à la Banque Nationale. Je dois remettre des prix, animer un congrès belge sur le marketing, les fédérations d’employeurs et de travailleurs me tirent par la manche pour des colloques, des séminaires et des journées d’études, et le championnat belge de Poetry Slam recherche encore un membre pour son jury. Vous avez remarqué ? Ce sont tous des évènements bilingues, voire trilingues, qui dépassent de loin l’ombre des clochers wallons ou flamands. Et je peux vous garantir qu’il y en a encore un tas dans notre pays. Un ancien publicitaire avec des dizaines d’années d’expérience m’a fait remarquer un phénomène étrange. Ces dernières années, de nombreuses associations unitaires ont disparu dans le secteur non-marchand. Mais lorsqu’il s’agit de gagner de l’argent, les francophones et les néerlandophones se retrouvent encore les uns les autres dans leurs organisations belges de défense d’intérêts. Ces dernières années, ces organisations se sont parfois senties quelque peu esseulées.

Jusqu’en 1970 environ, il existait une dynamique culturelle et économique dans les différentes régions de ce pays qui ne se reflétait pas dans les structures étatiques unitaires belges. Six réformes de l’État plus tard, l’image est tout autre. Ce pays connaît encore une réalité bilingue qui se perd à présent dans la Belgique fédérale. L’administration « nationale » bilingue est de plus en plus souvent remplacée par un guichet régional où la langue véhiculaire est soit le français, soit le néerlandais. Il n’y a qu’auprès de l’administration bruxelloise que l’on peut encore s’adresser dans les deux langues. C’est une évolution que ce pays et ses citoyens ont choisie, mais la question est de savoir si ce monolinguisme rend également l’administration plus conviviale. L’apparition soudaine d’un secrétaire d’État fédéral dans le gouvernement Michel nous a rappelé que le commerce extérieur en Belgique était en fait une compétence régionale où apparemment il est surtout important pour certains mandataires de savoir dans quel ordre protocolaire sortir de l’avion après la princesse Astrid lors des missions princières. Je m’imagine que cela ne réjouit pas tous les entrepreneurs. Imaginez que vous ayez une entreprise d’exportation avec des établissements en Wallonie, en Flandre et à Bruxelles. Allô, l’administration ?

Mais même le simple citoyen n’y échappe pas. L’emploi des langues est libre dans ce pays, mais d’autres règles s’appliquent lors des contacts avec l’administration. Les milliers de Flamands qui migrent en Wallonie le savent. Avec le néerlandais comme langue nationale officielle, vous ne vous en sortez pas si vous vous rendez à la commune ou à la province. Même les Belges francophones remarquent qu’il vaut mieux apprendre quelques mots de néerlandais s’ils se sont mis en tête d’acquérir un appartement à la côte « belge ». Seulement… pour l’acte de vente de cet appartement, vous n’aurez par contre plus besoin de ces connaissances en néerlandais. Le notariat fait office d’exception dans le paysage belge. Vous pouvez toujours vous exprimer en français chez un notaire à Ostende. Et par expérience, je sais que le notaire de La Roche ne rechignera pas à recevoir un acte en néerlandais. Cet acte a d’ailleurs eu lieu non pas parce que j’étais flamand, mais à la demande expresse de la partie adverse, un Néerlandais. Après avoir vécu près de 20 ans en Wallonie, il n’était toujours pas à l’aise en français. Heureusement pour lui, il pouvait s’adresser en néerlandais au sympathique notaire.

Pour les Néerlandais installés en Belgique, mais aussi pour bon nombre de nos compatriotes, il reste seulement à espérer que la liberté linguistique du notaire subsistera. Imaginez que les tâches du notaire soient à l’avenir de plus en plus assurées par des fonctionnaires ? Pourront-ils fournir ce même « service linguistique » à leur client ? Cela m’étonnerait.

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