Hors du temps. Eric Domb se confie sur sa succession.

Que souhaitez-vous transmettre à vos proches ? Quelle trace voulez-vous laisser ? Quelles sont les valeurs qui vous habitent et vous semblent essentielles pour les générations futures ? Notarius a demandé à Eric Domb de se dévoiler un peu en pointant ce qui est cher à son cœur.

Eric Domb
Destination n°1 dans le cœur des Belges, notamment depuis l’arrivée de 2 pandas irrésistibles l’année passée, Pairi Daiza est à l’image de son patron : un modèle de transmission de valeurs et d’espoir.

« J’ai le désir, dans les années qui viennent, de réunir dans ce parc les mondes les plus représentatifs de notre belle planète – avec, je le souhaite, un monde perdu dévolu aux civilisations et aux espèces disparues dans un parc tel une structure réunissant, au-delà de la flore, de la faune et de l’architecture, des groupes de pensée. »

Vous revenez de Chine. Toujours à l’affût de nouvelles idées ?
J’ai fait un voyage magnifique dans la province du Sichuan qui est non seulement la province des pandas, mais aussi celle des meilleurs artisans de lanternes et nous avons le projet d’illuminer le parc en hiver avec ces lanternes extraordinaires. Je garde toujours à l’esprit mon envie de partager des émotions devant les merveilles du monde. Je pense, en toute modestie, que mon boulot n’est pas tout à fait inutile. Beaucoup de Belges se réveillent à l’écoute d’une actualité pas très réjouissante. Mon rôle, je n’aurais pas la prétention d’appeler cela ma mission, et mon plaisir sont de me positionner à contre-courant du stress ambiant en montrant les merveilles de notre planète sous toutes leurs formes et rappeler que l’homme est aussi capable du meilleur. Mon plaisir le plus fort étant d’apporter ces merveilles notamment à des gens qui n’ont pas la chance de voyager ou de se cultiver par eux-mêmes.

Eric Domb

 


Avec un papa chirurgien et une maman historienne de l’art, il y a sans conteste, dans votre famille, le souci de transmettre le goût du beau et de la curiosité ?
Je reconnais être un privilégié, gâté par des parents qui m’ont fait ce cadeau inestimable qu’est l’éveil à la beauté. La culture peut se transmettre de façon positive ou négative, comme un socle sur lequel un enfant peut se construire et explorer ou comme un poids qui va l’étouffer dans un monde fermé aux autres. J’ai eu la chance de grandir dans un milieu qui m’a ouvert au monde, aux autres spiritualités, à d’autres vérités et c’est ce qui m’anime aujourd’hui. La beauté est universelle et touche chacun au plus profond de lui-même. Si les visiteurs se sentent bien dans nos jardins, c’est qu’ils ont été conçus avec vérité et respect, avec un souci ancestral du bien-être et de la sérénité.

Qu’est-ce que vos parents vous ont transmis d’essentiel à part ces deux notions ?
Le fait de ne jamais se satisfaire de ce que l’on a et de repousser toujours ses limites. J’aurais pu accomplir des miracles, ma famille n’en faisait pas un plat. Se fixer des objectifs qu’on peut facilement atteindre n’a jamais été notre philosophie mais plutôt celle préconisant « Donne-toi des objectifs dont tu rêves », et il y a là une énorme différence. Un tel enseignement vous pousse à aller plus loin. Par contre, à force de se dépasser, on en oublie de profiter du moment présent. J’ai encore du boulot de ce côté-là. Je pense que j’y arriverai… quand je serai grand !

Et comment êtes-vous avec vos propres enfants ?
J’ai les mêmes travers et je suis exactement le schéma paternel et maternel en les poussant toujours plus loin. Ce qui ne m’empêche pas de les aimer et de les encourager.

Avez-vous des objets qui vous sont chers et que vous voulez transmettre ?
J’ai un éléphant en bois que mon grand-père maternel m’a donné. L’éléphant est mon animal préféré, car il a beaucoup de similitudes avec l’humain par sa sensibilité et sa soif de connaissance. Un éléphant apprend toute sa vie. Il me rappelle aussi des contes que je lisais enfant. Cet animal représente assez bien le caractère de mon grand-père qui a toujours été mon dieu durant ma petite enfance. Je tiens très fort à cette sculpture.

Eric Domb et sa passion des éléphants. Une histoire d’amour qui dure depuis l’enfance. « J’ai un éléphant en bois que mon grand-père maternel m’a donné, mais il n’est pas dans mon bureau. L’éléphant est mon animal préféré, car il a beaucoup de similitudes avec l’humain par sa sensibilité et sa soif de connaissance. » 

Il y a chez lui une soif d’apprendre, de découvrir, d’aller vers les autres pour s’inspirer des plus beaux modes de pensée, des philosophies les plus respectueuses et généreuses. L’éléphant le touche profondément. Ce n’est pas un hasard si « Le bain des éléphants » au Royaume de Ganesha reste l’une des attractions majeures de Pairi Daiza.

  • Humanité
    L’éléphant est un animal qui a énormément de similitudes avec l’être humain. Un bébé éléphant ne sait rien faire sans l’aide et l’éducation de sa maman et de ses proches.
  • Culture
    L’humain, dans son évolution, a perdu le sens de l’instinct. Il a besoin d’être éduqué. Ce qui fait l’homme, c’est la culture. Il en est de même avec l’éléphant qui ressent les choses, capable, par exemple, de cacher sa force. On cite souvent l’expression « Un éléphant dans un magasin de porcelaine » mais je vous assure qu’en pareille situation, l’éléphant ne casserait rien du tout… sauf s’il le décide !
  • Générosité
    Il est tout dévoué à l’amour maternel et il a un grand sens de la solidarité.
  • Enfance
    La sculpture qui m’est chère, avec sa trompe redressée, me rappelle les contes que je lisais étant petit et disant qu’un éléphant se devait d’avoir la trompe en l’air sinon cela portait malheur ! Je pense souvent à mon grand-père et c’est pourquoi je suis si attaché à cet objet.
  • Curiosité
    L’éléphant continue à apprendre jusqu’à la fin de sa vie. Il devient de plus en plus malin et acquiert toujours plus de savoir en vieillissant, c’est extraordinaire ! Et puis, l’éléphant est cher au cœur de Pairi Daiza.

Votre parc restera, telle une trace de vous. Vos enfants ne suivront-ils pas votre chemin ?
J’ai toujours essayé de transmettre l’idée que la passion pouvait mener à de grandes choses, j’ai souvent témoigné dans des écoles à ce sujet. Et je l’ai fait à la maison, auprès de mes 3 enfants, à qui j’ai toujours dit de ne pas se sentir coincés par mes propres rêves et d’aller au bout des leurs. J’ai donc été pris à mon propre jeu : mon fils aîné, passionné de physique, est ingénieur civil dans une entreprise informatique et il ne se voit pas, pour l’instant, travailler dans le parc, pas plus que mes autres enfants. Je crois que survivre après sa mort a une signification si on laisse une trace utile, agréable aux autres. J’ai encore beaucoup de projets pour ce parc et j’y pense souvent quand il m’arrive, lors de mes nombreux voyages, de courir un danger.

Votre rêve de départ n’a pas tellement changé plus de vingt ans après.
J’ai en tête un souvenir cuisant quand j’ai acheté le domaine. Un haut fonctionnaire à qui je demandais un permis d’exploiter m’a ri au nez quand je lui ai expliqué que j’avais le désir de créer un parc et de réunir dans le château, en piteux état, des responsables des différentes religions et philosophies pour échanger sur leur vision du monde. J’ai toujours eu l’envie d’aller vers les richesses spirituelles qui peuvent nous être offertes et cette envie n’a fait que se conforter au fil des années en me sentant plus libre. Le succès du parc me permet justement d’être plus libre.

Pairi Daiza veut dire « Jardin protégé par un mur », en fait l’étymologie du mot « paradis » en vieux persan. Et le paradis se doit d’être un endroit où nos 5 sens sont satisfaits, où notre esprit est stimulé et où notre cœur sourit.

Eric Domb

Eric Domb - Hors du temps


Qui est Eric Domb?
L’homme est un humaniste à l’agenda aussi chargé que celui d’un ministre. Traité de farfelu, voire de fou quand il décide d’acquérir le domaine de l’abbaye de Cambron-Casteau, près d’Ath, pour en faire un parc animalier, Eric Domb, Wallon de l’Année 2014, a eu raison d’aller au bout de son rêve. D’abord avocat, il se serait bien vu médecin. Le Parc Paradisio, ouvert en 1994, est devenu Pairi Daiza en 2010 : un lieu unique rassemblant faune et flore du monde entier, à la rencontre des cultures et des esprits éclairés. Eric Domb est devenu médecin par le beau.


Texte: Gilda Benjamin – Photos: Thomas De Boever

 

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