Oxfam Trailwalker 2015 : du sang, des larmes et de la sueur

Au début de cette année, on m’a demandé si je voulais participer à l’Oxfam Trailwalker avec une équipe de la FRNB. Euh, l’Oxfam quoi ? Un défi sportif lors duquel une équipe de quatre personnes doit parcourir ensemble cent kilomètres en trente heures. Le tout dans les Hautes Fagnes. Après un bref instant de réflexion avec moi-même, je décline poliment. Mais je veux quand même supporter l’équipe.

Finalement, ce sont Axelle Dekeyser, Lore Halbardier, Thomas Nyssen et le notaire Benoît Ricker qui défendront les couleurs de la FRNB sous le nom « Les 4 cents coups » (équipe 119). Benoît Beeldens (Chambre Nationale des Notaires), Margaux Dewitte (Vlanot) et moi-même les accompagnerons tout au long de leur marche.

Durant les mois qui précèdent, des entraînements ont lieu et les frais d’inscriptions nécessaires sont récoltés. Nous vendons des sandwiches et des tartes, organisons des soupers et, grâce à la généreuse participation de la FRNB, nous récoltons 2.115 euros. Dans les semaines précédant le Trailwalker, nous nous réunissons à diverses reprises pour discuter ensemble tactiques et stratégies. Nous pouvons heureusement compter sur notre arme secrète : Benoît Beeldens. Il a déjà participé au Trailwalker en 2009 avec son épouse, son beau-frère et un ami. Ils avaient alors échoué à 20 km à peine de l’arrivée. Fort de cette expérience, Benoît connaît très bien la région et il a quelques conseils concernant la nourriture, les chaussures, etc.

C’est ainsi que le vendredi 28 août après-midi, Benoît B., Margaux, Lore et moi-même prenons la route en direction d’Eupen où nous avons loué un studio pour le week-end. Une fois arrivés, nous nous rendons tous au supermarché afin de faire les stocks pour le week-end. Faire des courses avec ses collègues, c’est tout à fait autre chose ! Nous menons d’intenses discussions sur les différents aliments. Cela ne va-t-il pas être trop lourd sur l’estomac ? Est-ce que ça se digère facilement ? En avons-nous vraiment besoin d’autant ? Cela ne va-t-il pas être trop peu ?
Nous sommes encore dans le magasin lorsque nous recevons un appel des autres membres de l’équipe. Le dernier rendez-vous du notaire Ricker s’éternise, ils n’arriveront à Eupen qu’à neuf heures. Aie ! la tension monte déjà d’un cran et nous décidons de chambouler nos plans. Nous n’irons pas au barbecue d’Oxfam, nous préparerons nous-mêmes un repas au studio. Allez ! on retourne dans le magasin pour acheter plus d’ingrédients.

Une fois que tout le monde est là, nous passons une agréable petite soirée. Les marcheurs veulent se coucher tôt, ils sont attendus à sept heures sur la ligne de départ. Après une courte nuit sans beaucoup dormir, les randonneurs avalent en vitesse un petit déjeuner composé de pâtes à la cassonade, d’œufs cuits dur et d’oranges.

Il est onze heures lorsque nous revoyons notre équipe pour la première fois dans la ville allemande de Mützenich. Ils ont à présent 20 kilomètres dans les jambes et l’ambiance est excellente. Le soleil brille, un groupe joue des airs joyeux et les supporters accueillent les marcheurs par des applaudissements. Les pieds sont aérés, les chaussettes changées et les pansements placés en préventif. Benoît R. espère que son talon d’Achille tiendra le coup. C’est un point faible qui lui a déjà joué quelques tours pendant les entraînements. Après une demi-heure, nos randonneurs repartent pleins d’énergie.

Nous décidons de leur faire une surprise et roulons vers Montjoie, une petite ville touristique allemande à la frontière belge surtout connue pour ses marchés de Noël féeriques, ses maisons en pain d’épice et ses bâtiments historiques sur les bords de la Roer. Nous y attendons « Les 4 cents coups », qui ne soupçonnent rien, avec une banderole. Lorsqu’ils nous aperçoivent, ils lancent les bras au ciel et rient à gorge déployée. Apparemment, ils apprécient notre geste ! Nous nous enlaçons les uns les autres et nous les encourageons. En même temps, nous les sommons de ne pas perdre de temps et de poursuivre leur route.

Après une brève pause sur l’une des agréables terrasses de Montjoie et la préparation des repas suivants, nous poursuivons notre route vers le poste de contrôle de Sourbrodt. Nous arrivons encore à temps pour accueillir notre équipe. Une chance, car cela semble nécessaire. Les premiers signes de fatigue et de douleur se font sentir. Le talon d’Achille de Benoît fait des siennes et il souffre d’ampoules. Il se fait soigner et masser à la Croix-Rouge. Axelle et Lore optent elles aussi pour un massage. Loin du monde, ils se laissent prendre en mains. Il faut bien l’avouer, toute l’organisation de l’Oxfam Trailwalker est im-pec-ca-ble. Ce que les centaines de volontaires font ici est incroyable ! Non seulement leur approche professionnelle mérite un coup de chapeau, mais l’amabilité avec laquelle ils agissent est elle aussi remarquable. Bravo !

En toute honnêteté, nous, supporters, avons là sur le terrain de foot nos premiers doutes quant à l’issue heureuse de cette entreprise. Nous en sommes à quarante-deux kilomètres, et c’est comme si l’équipe se rendait seulement compte maintenant de ce qui l’attend encore. On se demande s’ils ne pourraient pas dormir quelques heures cette nuit dans le parc naturel des Hautes Fagnes. Mais Benoît B. est inflexible. Pas question, beaucoup trop dangereux ! Dormir à ce point du parcours entraîne aussi le risque d’abandon. Nous les encourageons, faisons apparaître de la tarte au riz et des bonbons d’un coup de baguette magique et les remettons sur leur chemin. Le groupe doit en effet quitter chaque checkpoint avant une certaine heure. S’ils sont en retard, ils ne peuvent pas continuer.

Nous partons vers Botrange, le point culminant de Belgique (694 m), à la moitié du parcours. Nous installons notre table au pied du Signal et commençons à cuisiner. À nouveau des pâtes au menu. Nous nous inquiétons un peu quant à l’allure de notre équipe. Ils doivent quitter ce point de contrôle à sept heures et quart. Nous recommençons à analyser leur temps et leur situation. Nous nous inquiétons et nous calmons en même temps les uns les autres. Bien sûr qu’ils vont atteindre la ligne d’arrivée !
Notre équipe arrive à sept heures moins dix. Qu’est-ce que nous sommes contents de les voir ! Ils s’installent à table et engloutissent leur dîner à vive allure. Seul Thomas a encore le courage et l’énergie de grimper six mètres et de déclamer à sept cents mètres de haut combien les pâtes sont délicieuses ! Nous n’avons pas beaucoup le temps de discuter. Le soir commence à tomber et le départ s’impose.

C’est le cœur lourd que nous envoyons nos amis dans la nuit, inquiets de savoir comment ils vont traverser cette étape. Nous ne les reverrons en effet que dans 30 kilomètres (!). Pour maigre consolation, la pleine lune les accompagnera toute la nuit dans un ciel lumineux. S’il y a une chose sur laquelle tout le monde est d’accord, ce sont les conditions météorologiques parfaites de cette édition. Pas trop chaud la journée, lourd la nuit. Nous faisons une dernière fois signe aux randonneurs et nous en profitons nous-mêmes pour aller manger et dormir.

03h30 : un coup de téléphone surprenant. Le groupe s’est séparé. Les femmes ont laissé les hommes derrière elles et filent maintenant vers le checkpoint du barrage de la Gileppe avec une seule idée en tête : dormir un peu. Lore nous demande d’apporter leurs sacs de couchage pour cinq heures. Nous recevons un sms de Lore à cinq heures moins quart. Elles ont marché encore plus vite et sont à l’avance. Les sacs de couchage ne sont plus nécessaires. Elles ont déjà pu se procurer un lit et nous demandent de les réveiller à temps.

Il est clair que Gileppe est le checkpoint où dormir par excellence. Éparpillés çà et là sur le parking, des marcheurs dorment sur les talus. Les uns un peu plus confortablement que les autres. Nous retrouvons Axelle et Lore dans les tentes, côte à côte, sur un matelas fourni par Oxfam. Benoît et Thomas arrivent quelques instants plus tard. Thomas décide de s’allonger un peu aussi. Vingt petites minutes, pas une de plus. Lorsque je le réveille après cette micro-sieste, il se lève tout de suite. « Ah, ça fait un bien fou ! », s’exclame-t-il. Il faut le dire, abstraction faite des prestations de tous les randonneurs, le caractère de Thomas est digne d’admiration. Durant tout le trail, il ne soupirera, ne geindra ou ne se plaindra pas une seule fois. Comme si cette promenade lui demandait peu d’efforts. Benoît profite de cet arrêt pour se faire soigner les pieds et se faire masser. Nous, les supporters, nous mettons de nouveau aux fourneaux ! Nous leur servons une nouvelle fois des pâtes, même si l’appétit n’y est pas chez nos randonneurs.
À six heures et quart, après à peine une heure de sommeil, je réveille les filles. Une fois de plus, ils n’ont plus qu’un quart d’heure pour quitter le contrôle. Pas cool ! Ils n’ont même plus le temps de se faire soigner les pieds. Encore à moitié endormis, ils se hâtent de partir. Mais savoir que le poste de contrôle suivant n’est qu’à 7 kilomètres leur donne du courage. Surtout parce que leurs famille et amis les y attendront et les accompagneront pendant les 10 derniers kilomètres.

Nous plions bagage et reprenons immédiatement la route vers le dernier arrêt à Goé, à 89,6 km. L’attente s’y fait longue. Inquiets, nous nous disons que ce que nos collègues ont déjà accompli est formidable. La ligne d’arrivée se dessine à l’horizon. Plus rien ne peut plus mal se passer, si ?
Les équipes arrivent au compte-gouttes dans le hall omnisports. L’équipe 119 se fait attendre. Ils ont déjà un quart d’heure de retard sur notre programme… Lore souffrirait-elle tout de même trop des pieds ? Le talon d’Achille de Benoît a-t-il cédé ? Nous décidons de ne pas les appeler pour ne pas les presser et nous attendons patiemment. Lorsque notre équipe arrive, les retrouvailles avec les amis et la famille sont réconfortantes. La maman de Lore, vraisemblablement émue, enlace chaleureusement tout le monde, nous y compris. L’air est rempli d’ondes positives. Tout le monde y croit. Un arrêt à la Croix-Rouge n’est même plus nécessaire. Ce n’est pas le moment de prendre des risques. Les chaussures aux pieds resteront aux pieds.

Pour la dernière fois, nous remettons « Les 4 cents coups » sur le chemin, cette fois entièrement confiants. Nous les revoyons dix kilomètres plus tard à Kettenis (Eupen). La boucle est bouclée. Ils ont vaincu les cent kilomètres et franchissent la ligne d’arrivée sous un soleil radieux. Vous pouvez vous imaginer la suite : cris de joie, larmes, grosses embrassades et soulagement tous azimuts. Nous ouvrons une bouteille de bulles et trinquons ensemble à cette merveilleuse aventure au dénouement heureux !


Texte et photos : Bo Bogaert

 

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