Les Lecomte de Braine-le-Comte : une histoire de famille

Fin juillet. Après un début d’été caniculaire, la grisaille a pris ses quartiers depuis quelques jours mais il est toujours agréable de se retrouver en province. Aujourd’hui, j’ai rendez-vous dans une étude à Braine-le-Comte, une jolie petite bourgade à moins de 30 minutes de Bruxelles.

Je découvre une belle petite place boisée entourée de maisons des années 30. Sur un coin, une belle maison arborée affiche le logo du notariat. Je gare ma voiture à l’arrière de la demeure, dans un parking entouré d’un jardin minutieusement entretenu, aux allées nettes et avec des touches de décoration animalière. Le tout respire une harmonie apaisante. J’admire la grande baie vitrée qui fait face à toute cette verdure.

En sonnant à la porte de l’étude, je suis saluée par un jeune homme au sourire éclatant. Après un moment d’hésitation, je comprends qu’il s’agit du frère, Alexandre Lecomte. Un visage accueillant se profile immédiatement derrière lui. Je fais alors connaissance avec Amélie Lecomte, également notaire et associée à son frère.

Tous deux m’entrainent vers la salle d’acte, aménagée par leurs soins, dont ils sont particulièrement fiers. On entame tranquillement la conversation. Ils semblent encore un peu émus d’avoir réussi à mener si bien à terme leur complicité d’enfance.

Leur arrière-grand-père était juge de paix du canton. Son fils opte pour le métier d’avocat mais cela ne semble pas lui convenir et, lorsque l’étude notariale d’Edgard Lison se libère dans la région, il décide de postuler. Nous sommes en 1956. C’est le début d’une nouvelle lignée de notaires à Braine-le-Comte. En effet, le grand-père notaire et son épouse mettent au monde 2 filles et un garçon, André, qui deviendra à son tour notaire.

L’aventure se poursuit avec Amélie et Alexandre Lecomte, les enfants du notaire André Lecomte. Amélie raconte : « Au départ, je me suis toujours dit : « Moi notaire ? Jamais ! » Je me destinais plutôt au domaine artistique, grâce à ma mère. J’ai d’ailleurs suivi des études d’histoire de l’art. A l’époque, je travaillais dans la même pièce que mon frère qui, lui, s’était finalement décidé pour le notariat après ses études de droit. Comme il avait l’habitude d’étudier à voix haute, je captais des informations qui me paraissaient super intéressantes. »

Amélie se lance alors dans des études relatives à la protection du patrimoine tandis qu’Alexandre affectionne plutôt le droit familial. Ensemble, ils se spécialisent également dans le droit public immobilier. Après plusieurs tentatives pour réussir le concours, ils finissent par y parvenir en 2011, ensemble !

Son frère Alexandre n’en revenait pas. « Nous n’avions absolument pas révisé à 2. Je n’étais d’ailleurs pas très motivé cette année-là, j’avoue. J’avais déjà essuyé plusieurs échecs et ma petite fille venait d’arriver. Mais mes proches ont  réussi à me convaincre. Ils insistaient sur le fait que je n’avais rien à perdre en essayant. Jusqu’au jour J, ils ont dû pratiquement me pousser dans la voiture. Je n’y croyais pas du tout quand j’ai appris mes résultats. Mais finalement, j’ai obtenu le titre de candidat-notaire la même année que ma sœur et nous avons prêté serment le même jour. Tout a été tellement vite ensuite. D’habitude, la prestation de serment se fait à midi et ensuite, les confrères de la région se retrouvent pour fêter cela. Dans notre cas, cela s’est passé dans l’intimité vu l’heure matinale (9 heures du matin) et le délai très court qui a séparé les résultats et la prestation. Mais nous en gardons un très beau souvenir. C’était une merveilleuse surprise pour toute la famille. »

Amélie n’a travaillé que 4 mois comme collaboratrice dans l’étude de son père. Alexandre, lui, y a passé 8 ans. Une collaboration qu’il qualifie lui-même de très enrichissante : « Notre père nous a toujours laissé libres. Ils ne nous a jamais forcé la main pour entrer dans le notariat ni pour quoi que ce soit d’autre. Il nous a toujours dit : « Débrouillez-vous mais faites-le bien ! ». »

Le notaire honoraire André Lecomte

Amélie acquiesce : « Si tout se passait bien, c’était la moindre des choses. Mais cela impliquait aussi qu’il nous accordait toute sa confiance. »

Les 2 comparses m’expliquent que leur association se déroule à merveille. « Nous nous entendons comme cul et chemise depuis l’enfance. Nous sommes très différents mais en même temps complices et complémentaires ». Je n’en doute pas un instant quand je vois les regards entendus qu’ils se lancent régulièrement. « Si tout le monde dans l’étude effectue pratiquement les mêmes tâches, chacun a néanmoins sa spécialité, souligne Amélie. Le partage se fait en fonction des clients. J’ai l’impression que la clientèle plus âgée s’adresse plus facilement à moi. Je suis également plus impliquée dans la comptabilité. Mais nous sommes tous là pour accueillir les gens ou répondre au téléphone, notaires ou pas. J’estime qu’en tant que service public, nous nous devons d’être disponibles et accessibles pour nos clients. »

« C’est très confortable pour nous, confirme Alexandre. Nous avons entièrement confiance en nous et en nos collaborateurs. L’étude est une véritable entreprise familiale où il fait bon vivre. » Alexandre habite Uccle avec son épouse et sa petite fille de 6 ans. « J’ai suivi mon épouse en raison de son emploi mais le fait de travailler à Braine-le-Comte me convient parfaitement. J’ai à peine une demi-heure de route pour rejoindre l’étude. »

« Nous aimons revenir à nos racines, me confie Amélie, notre famille a toujours vécu ici. D’ailleurs, notre autre grand-père était le pharmacien du quartier. Comme, à l’époque, la plupart des actes se signaient devant témoin et qu’on faisait souvent appel à lui dans ce cas, il nous arrive régulièrement de retrouver des actes avec leur deux signatures. Je trouve cela toujours très émouvant. »

L’Histoire avec un grand H
« En 2009, nous avons changé l’emplacement de l’étude. L’ancien bâtiment était une maison familiale et nous voulions notre propre intimité. Cette bâtisse possède d’ailleurs une histoire. Elle appartenait à la famille Mailleux qui a joué un rôle important dans la résistance. Vous remarquez d’ailleurs le nom de la place : Place de la Victoire. Nous avons entièrement réaménagé la maison. Chacun y a mis un peu du sien. Même notre grand-mère, qui a nous a donné une statue de femme à laquelle elle tenait énormément. Cette statue, elle l’avait offerte à mon grand-père lorsqu’il est devenu notaire. Elle l’adorait et l’avait mise en valeur dans sa véranda mais elle a tenu à nous en faire cadeau à l’occasion de notre association. Ce symbole trône désormais fièrement à l’entrée de l’étude. »

L’équipe
On l’appelle le tennisman. Une fois par semaine, en effet, il joue au tennis sur le temps de midi avec un notaire de la région. Ce juriste travaille depuis de nombreuses années dans le notariat. « Je suis arrivé en 2003. C’était déjà très familial à l’époque. Les enfants sont comme ça aussi. Ils nous accordent une confiance énorme et nous discutons de tout. Régulièrement, les vendredis après-midi, nous organisons une réunion « pâtisserie ». N’y voyez rien de décadent. Simplement, nous nous réunissons tous autour d’un gâteau et de biscuits pour aborder des sujets divers tels que les nouvelles législations ou l’organisation de l’étude – dont nous avons en outre fait effectuer l’audit récemment. »

Alexandre et Amélie Lecomte font d’ailleurs partie d’un nouveau groupe de jeunes notaires qui participent avec le bureau d’études de la Fédération à des réflexions sur le management des études.

« J’ai longtemps travaillé à Bruxelles mais à présent, je ne songe plus un instant à quitter Braine-le-Comte. Je suis à peine à un quart d’heure de l’étude. Je traite mes dossiers comme je veux. J’adore les dossiers plus complexes qui nécessitent une grande créativité. C’est un peu paradoxal, mais plus l’histoire est conflictuelle, plus je suis heureux d’avoir trouvé une solution appropriée », confesse-t-il avec un sourire. 

Le notaire honoraire André Lecomte fait une incursion discrète dans l’étude. Pour lui, la page est tournée et la relève est assurée. La transition lui a semblé toute naturelle même s’il ne s’est jamais imposé dans quoi que ce soit. Désormais, il n’est plus le capitaine du navire mais Amélie m’a confié qu’il restait heureusement la mémoire de l’étude. Une chose indispensable à ses yeux. Le père, lui, semble apprécier la façon dont les choses se déroulent. « Ma sœur et moi avons eu un parcours un peu semblable, me raconte-t-il. Nous avions tous les deux étudié le droit puis commencé à travailler ensemble avec mon père dans son étude. Cela ne s’est pas bien passé du tout. C’est loin d’être le cas de mes enfants. »

Avant de quitter l’étude, je fais encore la connaissance de Jean-Philippe Henry. Il est stagiaire depuis un an et cela a l’air de lui convenir parfaitement. « Mon père est notaire à Tournai mais nous souhaitons que j’effectue mon stage ailleurs. Je suis donc arrivé chez les Lecomte et je m’y sens très bien. Ma copine travaille dans la région et j’ai l’impression que les tâches sont bien plus compartimentées qu’ici ; nous nous occupons de tout et c’est très enrichissant. De plus, les notaires sont très ouverts et forment une équipe très complémentaire. J’espère que si un jour, je m’associe avec mon père, les choses se passeront aussi bien. »


Texte: Isabelle Van Lint – Photos: Emmanuel Crooÿ

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