« Le notariat m’a permis de réconcilier mes envies de contact humain avec des thèmes juridiques intéressants et diversifiés »

La circulation, les boulevards, les feux, les klaxons, la foule… Non, nous ne sommes pas à Bruxelles, mais en visite dans le centre de Liège à la rencontre de la notaire Aline Hugé, dernière arrivée à la Commission Communication du Conseil francophone (CF). Dans un bureau aux lignes épurées avec de hauts plafonds, Aline Hugé revient sur son parcours et sa vision de la profession.

Son périple vers le notariat n’était pas semé d’embûches. « Je suis notaire depuis un peu plus de 10 ans. Tout s’est fait sans difficulté et sans préparation particulière en amont. Quand je suis sortie de l’université, le concours n’existait pas encore. Il est arrivé plus tard mais je n’étais pas encore nommée. À l’époque, j’ai hésité à le passer, mon travail de collaboratrice dans une étude me plaisait. C’est finalement lors d’une conversation avec des amis que je me suis laissé convaincre. Je l’ai réussi du premier coup, la chance du débutant sans doute, mais je pense aussi que j’avais déjà accumulé une expérience professionnelle suffisante. J’avais la chance de ne pas subir de pression : je n’envisageais pas de postuler immédiatement et, dans ma famille, personne ne travaillait dans le notariat. »

La suite est elle aussi d’une simplicité presque enfantine : 3 candidats-notaires à Liège cette année-là, un ami commun la présente au notaire titulaire Bruno Mottard qui souhaite s’associer. Au bout d’une demi-heure de discussion, l’affaire était entendue et l’aventure pouvait commencer.

Le concept d’association lui réussit si bien qu’elle encourage aujourd’hui le jeune notariat dans cette voie : « Actuellement, on a la chance de pouvoir s’associer plus facilement et il faut vraiment saisir cette opportunité. »

Aline Hugé et Bruno Mottard

Le notariat pour son côté humain et consensuel
La profession de notaire n’est pas une vocation pour Aline Hugé qui ne se destinait pas forcément à une carrière juridique à l’entame de ses études supérieures. Indécise, elle hésitait plutôt entre la psychologie et l’école normale. « Le droit était finalement un choix rationnel, celui qui offrait le plus de débouchés mais que j’opérais sans grand enthousiasme. J’ai d’ailleurs mis pas mal de temps à trouver quelque chose qui me plaisait. » En troisième licence, elle suit ses premiers cours en rapport avec le notariat et elle se découvre un réel intérêt pour la matière, comme elle nous l’explique : « Cela me permettait de réconcilier mes envies de contact humain avec des thèmes juridiques intéressants et diversifiés. »

Peu portée sur le conflit, Aline Hugé nous confie aussi avoir préféré le notariat au barreau pour son aspect consensuel.

« J’ai une certaine tendance à l’objectivité et j’ai souvent du mal à prendre parti pour une seule personne. Je vois le bon des 2 côtés. Je pense que c’est plutôt une bonne chose dans le notariat. »

Gérer une étude ou l’art de composer
Lorsqu’Aline Hugé s’associe à Bruno Mottard, ils sont 3 en tout et pour tout, avec une collaboratrice qui s’occupait de tâches diverses. Depuis, l’étude s’est agrandie et rassemble désormais, en plus des 2 notaires, 7 collaborateurs. « Cela peut sembler peu par rapport à certaines grosses études bruxelloises par exemple. Cependant, pour moi, ce nombre implique une notion de management beaucoup plus importante, une obligation de gérer les gens presque avant de gérer les dossiers. On ne travaille pas à 9 comme à 3, cela nécessite de mettre en place différents outils, une organisation, une communication, etc. C’est un travail permanent et ardu. Aujourd’hui, nous sommes même d’avis que c’est un peu juste et que nous sommes relativement débordés avec les nouvelles tâches qui nous ont été assignées. » Alors, certes, la gestion d’une étude n’est pas chose aisée, mais chez Aline Hugé et Bruno Mottard, la bonne ambiance prime : « L’équipe est fantastique et la bonne humeur est de mise. C’est un plaisir de voir les gens arriver le matin le sourire aux lèvres et motivés malgré la charge de travail conséquente. »

Pour les clients, c’est finalement un peu pareil. Si Aline Hugé nous affirme tenter de prendre un maximum de temps pour ses clients, elle ne cache pas que les contraintes administratives croissantes rendent la chose de plus en plus compliquée. « Les échanges avec la clientèle, c’est mon plaisir personnel et certainement l’un des éléments que je préfère dans le notariat. C’est aussi ce qui fait la valeur ajoutée de notre profession. Mais, depuis quelques années, le temps nous manque de plus en plus. Mon but est de repenser l’organisation de l’étude, justement pour privilégier cet aspect humain. »

Le notariat : hier, aujourd’hui et demain
À ses débuts, Aline Hugé était plutôt fleur bleue. « C’est la vision que m’a donnée mon maître de stage de l’époque, c’était un idéaliste. Toutefois, à l’arrivée, j’ai été confrontée à une autre réalité. » La situation de son étude, en plein centre de Liège, implique des contacts réguliers avec de nombreux confrères de tous horizons. Le respect de la déontologie et l’entretien de rapports confraternels sont primordiaux pour conserver un climat de travail agréable. L’inévitable concurrence rend parfois les choses difficiles, mais Aline Hugé refuse de céder du terrain aux valeurs essentielles de sa profession. « Cet aspect a fait évoluer mon point de vue sur la profession. On reste malgré tout dans un secteur privilégié, bien que cela soit certainement plus complexe qu’avant. » Elle regrette l’évolution des rapports avec les fonctionnaires, devenus trop impersonnels : « Cela coïncide plus ou moins avec l’entrée en application d’eRegistration. Je pense que l’administration rencontre pas mal de difficultés au niveau informatique, accuse un manque de personnel et logiquement une perte de motivation se fait sentir. Nos relations ne peuvent qu’en pâtir alors que je nous considère comme des partenaires »

Sur l’avenir de la profession, Aline Hugé est plutôt mitigée. Si elle redoute les lourdeurs administratives, elle croit plus que jamais au rôle public et social du notaire : « Depuis quelques années, la gestion des dossiers est nettement plus compliquée. C’est structurel, je ne pense pas que cela va s’améliorer. En revanche, je suis beaucoup plus positive sur le nombre grandissant de tâches confiées aux notaires, qui restent ainsi un maillon indispensable au bon fonctionnement public. Le notariat prend également progressivement conscience de l’importance d’une bonne communication. Contrairement aux idées reçues, nous sommes encore l’une des seules professions à pouvoir rendre des services gratuitement.»

La Commission Communication
Il y a peu, Aline Hugé a intégré la Commission Communication. Comment y est-t-elle venue ? « Je faisais partie depuis plusieurs années de la Commission des relations extérieures de la Province de Liège et ce sont les conférences grand public qui m’y ont conduite. Je considère d’ailleurs mon rôle de porte-parole comme un prolongement de cette action-là ». L’information du plus grand nombre est essentielle, et surtout indispensable, à ses yeux :

« Le notariat gagne à communiquer avec le grand public et les entreprises pour rendre compréhensible le droit, mais également et surtout expliquer la nécessité du notaire, l’importance de son rôle et des actes qu’il pose. La communication est une nécessité et nous ne devons pas l’appréhender comme une charge, mais comme une chance de mieux faire connaître notre profession. Je vois ma nouvelle fonction comme pédagogique, peut-être un moyen de réconcilier mon travail actuel et mes aspirations professionnelles antérieures ».


Texte: Valérie Nouille – Photos: Denis Erroyaux

 

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