« C’est comme ça que je suis arrivé dans le notariat, j’ai été frappé par la flèche de Cupidon »

Petite escapade dans la région du centre pour rencontrer Sébastien Dupuis, 32 ans et notaire depuis bientôt 3 ans. Il m’accueille dans son étude, face à l’ancien canal du Centre bordé d’arbres qui rejoint plus loin le nouveau Canal. En toile de fond, la campagne et l’impressionnant ascenseur de Strépy-Thieu.

Comme nombre de ceux qui optent pour le droit, Sébastien Dupuis souhaitait avant tout fuir des études trop axées sur les sciences ou les mathématiques, qu’il avait en horreur… Après une journée « portes ouvertes » aux facultés Saint-Louis à Bruxelles, il se laisse convaincre. Et dès le début, il réalise qu’il a fait le bon choix : « J’avais à peine commencé et déjà, j’adorais. » En dernière année, l’envie d’aventures se fait sentir : il hésite entre le barreau et la magistrature sans penser au notariat, trop sage peut-être. Pourtant, après une discussion avec le Juge de Paix chez qui il était stagiaire et au cours de laquelle il lui fait part de son souhait de se spécialiser en droit civil, celui-ci lui conseille vivement la licence en notariat. Il se lance et décroche son stage facultaire dans l’étude du notaire Pierre Brahy et là encore, c’est une révélation. « C’est comme ça que je suis arrivé dans le notariat, j’ai été frappé par la flèche de Cupidon ! »

Une étude qui roule, de père en fils
Pour autant, la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. Le père de Sébastien Dupuis est lui aussi notaire. C’est d’ailleurs son étude que Sébastien rejoint, une fois le concours en poche et après son passage de près de quatre ans chez Pierre Brahy, d’abord comme collaborateur puis, comme notaire associé. « On avait bien sûr quelques craintes au début mais tout s’est passé très naturellement. On communique beaucoup, on partage nos expériences et nos points de vue, cela nous enrichit l’un l’autre. Cela nous permet aussi de mieux répartir la charge de travail. J’apprécie énormément de travailler à ses côtés. »

Avec les collaborateurs de l’étude aussi, l’organisation est bien rôdée. Chaque matin, tout le monde se rassemble pour la distribution du courrier et discuter des nouveaux dossiers. C’est le moment de poser des questions sur les cas en cours et de partager son quotidien de travail entre collègues. L’équipe jeune, soudée et dynamique aime aussi faire bonne chère : « Nous disposons d’un traiteur sicilien pas loin. L’occasion parfaite pour déjeuner tous ensemble régulièrement ! »

Et avec les clients ? « Le public de la Région du Centre, dans laquelle j’exerce, est plutôt ouvrier. Il est accessible et chaleureux, moins tatillon que celui des grandes villes mais n’achète pas non plus un chat dans un sac. Mon père et moi, nous mettons un point d’honneur à ce que chaque client sorte de notre étude avec les idées claires. Le fait de travailler en association offre l’opportunité de prendre le temps nécessaire pour chacun. Cela permet aussi de corriger l’image négative que l’on peut avoir du notariat. » Sébastien Dupuis est conscient que ce type d’approche demande du temps, ce bien précieux qui manque souvent aux notaires. « Mais ne pas informer ses clients, c’est un peu comme si votre médecin vous annonçait qu’il allait vous opérer sans vous donner aucun détail supplémentaire. Vous auriez envie de vous retrouver sur la table d’opération comme ça, vous ? Moi pas. » Ni moi non plus…

La fin des illusions
Quand on lui demande si sa vision du notariat a évolué depuis qu’il y a fait ses débuts, Sébastien Dupuis soupire en riant. Les utopies et les préjugés de l’époque, où il voyait le notariat comme une profession immuable et qui perdurerait telle quelle aux yeux des gens, ont vite été rattrapés par la réalité. Et quelle réalité ! Celle d’un métier en évolution rapide et constante. « Aujourd’hui, la nouvelle génération a besoin de canaux d’informations rapides et ne comprend pas que ceux-ci, quand ils existent, ne soient pas exploités. Ceci étant, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation, la qualité du service est primordiale et nécessite qu’on lui consacre le temps nécessaire. »

Le notariat promis à un bel avenir
C’est la question-bateau et pourtant, quand on la pose, on se rend compte que les notaires, leurs collaborateurs et la plupart des gens qui travaillent dans le secteur sont très enthousiastes à propos du futur du notariat. Sébastien Dupuis ne déroge pas à la règle, même s’il est conscient des défis : « Nous sommes attendus au tournant technologique, mais je suis optimiste pour la suite. Le notariat n’a de cesse de se réinventer et de s’adapter aux nouvelles tendances. »

Ce sont aussi la cohabitation et la collaboration de plusieurs générations de notaires qui assurent au notariat des lendemains prometteurs. Loin des conflits intergénérationnels, Sébastien est plutôt d’avis que les plus jeunes et les plus âgés ont chacun à apprendre les uns des autres. Alors que les premiers auraient, par exemple, tendance à réagir à chaud, parfois avec fracas, les seconds seraient plus posés, éclairés par leur (longue) expérience. « C’est sans compter que les « vieux » notaires sont parfois plus jeunes que les « jeunes » notaires eux-mêmes, ajoute Sébastien en riant. Regardez-moi, j’aime le théâtre et l’opéra… ce ne sont pas des activités de « jeune » ! »

L’avenir de la profession passe également par ceux qui s’y lancent. Ainsi, à ceux qui débutent dans le notariat, Sébastien Dupuis conseille d’oser et de persévérer. « Le fait d’être nommé notaire chamboule pas mal de choses, tant au niveau professionnel que privé. Vous avez d’un coup un paquet de responsabilités qui vous tombent dessus, c’est très prenant. Il faut bien s’entourer et s’organiser… Mais le jeu en vaut largement la chandelle ! »

Son rôle de porte-parole
Sébastien Dupuis a rejoint, il y a quelques temps, la Commission Communication du Conseil  francophone et est devenu, par la même occasion, un des nouveaux porte-parole de la FRNB. « Je pense que cette commission a une influence directe dans la survie de la profession, notamment en contribuant à l’amélioration de son image et en diffusant des informations claires sur une législation souvent complexe. » En grand amateur des médias et des moyens de communication, il attend d’ailleurs avec impatience son média training pour mieux les utiliser et les maîtriser.

Avant de prendre congé, je m’attarde encore un peu en regardant le photographe tirer le portrait de Sébastien et son père. La complicité entre ces deux-là saute aux yeux. On en profite aussi pour immortaliser toute l’équipe sur les berges du canal qui passe devant l’étude. J’entends les plaisanteries et les éclats de rire. En reprenant la route, par cet après-midi ensoleillée du mois d’août, je suis contaminée par la bonne humeur et l’enthousiasme ambiants. Et je me dis aussi que l’expérience et la sagesse n’attendent pas le nombre des années.


Texte: Valérie Nouille – Photos: Denis Erroyaux

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