Les notaires emploient toujours plus de collaborateurs

Un indépendant sur trois en Belgique exerçait une profession libérale en 2017. C’est un record. Les chiffres absolus publiés par la FVB (fédération flamande des professions libérales) dans son rapport (« Polsslag ») sont impressionnants : sur 1 087 763 indépendants, 329 264 exerçaient une activité libérale. Cela représente une hausse de plus de 62 % en dix ans. Mais aussi beau soit-il, ce record est également porteur de nouveaux défis. Marieke Wyckaert, présidente de la FVB, souligne ainsi les limites de la croissance : « La qualité de vie est mise sous pression. »

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Marieke Wyckaert, présidente de la fédération flamande des professions libérales

Qu’est-ce qui différencie essentiellement les professions libérales des autres activités professionnelles ?
« La FVB a élaboré une définition reprenant cinq critères, dont deux sautent davantage aux yeux : l’indépendance et la responsabilité sociétale d’une part et la déontologie d’autre part. »

« L’indépendance doit permettre au notaire, au médecin ou à l’avocat de refuser d’aider un client ou un patient si sa demande est contraire à la déontologie ou à l’intérêt général. En d’autres mots, les gens exerçant une profession libérale ne sont pas les esclaves de leurs clients, a fortiori parce qu’ils ont une responsabilité sociétale générale importante sur les épaules. Cette responsabilité est une autre caractéristique essentielle des professions libérales, car elles ont trait à l’ordre public, à la santé publique, à la sécurité (juridique)… Et quand on porte une responsabilité aussi lourde, il est utile que la profession soit réglementée. »

Réglementée…
« Cela veut dire que les titulaires d’une profession libérale respectent un code de déontologie : des règles internes qui déterminent comment la profession doit être exercée. Ces règles sont souvent aussi ancrées dans la loi, du Code judiciaire à l’Arrêté royal n°78 pour les professions des soins de santé. Généralement, le code de déontologie est rédigé et évalué par les professionnels eux-mêmes. Je constate qu’il y a parfois des malentendus concernant la déontologie : elle est essentiellement là dans l’intérêt du client ou du patient. Dans de nombreux cas, il est question de sujets complexes ou techniques pour lesquels le client ou le patient ne sait pas comment il doit procéder et doit dès lors pouvoir se fier à son notaire ou à son conseiller juridique. La déontologie n’existe donc pas pour des raisons corporatistes, mais pour le bien du client. »

Le nombre de personnes exerçant une profession libérale a atteint un record en 2017.
« Énormément de jeunes embrassent ce type d’activité. Les professions libérales les attirent notamment parce qu’elles permettent d’être proche des gens et sont souvent associées aux événements importants de la vie. Un médecin vous aide à venir au monde et est à vos côtés quand vous êtes malade ou au moment de votre mort. Un notaire vous conseille lorsque vous achetez une maison, lancez votre société ou réglez une succession. Un comptable suit les résultats de votre entreprise. »

« Les professions libérales sont aussi généralement peu sensibles à la conjoncture. Il y aura toujours besoin de notaires, d’avocats, d’architectes ou de médecins. Même la dernière crise financière n’a pas diminué la charge de travail de ces professionnels, bien au contraire pour certains. Travail garanti. »

Ce nombre record présente également un inconvénient.
« Nous constatons en effet que certaines catégories de professions arrivent à saturation, il faut donc mettre un bémol à la sécurité de l’emploi dont je viens de parler. Dans les coulisses de certaines professions, tout n’est pas toujours rose. »

Le gâteau est toujours aussi gros, mais il y a plus de personnes autour de la table.
« Exact. Je le remarque chez les avocats, les architectes, les vétérinaires… Parfois, le message suivant nous parvient : “Nous sommes trop nombreux.” Il faut en être conscient. »

Des mesures sont-elles nécessaires ou entraveraient-elles la liberté de choix et le marché ?
« Chez les notaires, il y a une loi d’établissement. Pour les médecins et les dentistes, des examens d’entrée posent des limites. Je pense que c’est à chaque catégorie de professions de déterminer s’il est nécessaire de prendre des mesures. Il me paraît essentiel d’avertir suffisamment les jeunes et de leur donner le sens des réalités de sorte qu’ils sachent qu’il n’y aura peut-être pas assez de travail s’ils choisissent une certaine profession. »

L’évolution du marché exige-t-elle des personnes exerçant une profession libérale d’être de plus en plus des mini-entrepreneurs ?
« Absolument. Le monde est en plein changement et les professions libérales doivent suivre. La plupart le font déjà. La technologie est une chose que toute personne exerçant une activité libérale doit tenir à l’oeil, y compris pour voir dans quelle mesure celle-ci peut reprendre des tâches essentielles de son métier. Outre la technologie, l’esprit d’entreprise constitue une nouvelle exigence pour toutes les professions libérales. De plus en plus de gens exerçant une activité libérale se réunissent en groupement, ce qui nécessite déjà en soi des compétences managériales pour determiner comment cette association se présentera et débouchera sur des résultats. Ce que les chiffres montrent aussi – et que l’on oublie souvent –, c’est que les personnes exerçant une profession libérale deviennent de gros pourvoyeurs d’emploi. Cela exige la mise en place d’une politique du personnel et implique l’acquisition de nouvelles aptitudes. La concurrence est également de plus en plus grande, ce qui pousse à réfléchir à la manière de se profiler sur le marché. Même s’il y a des restrictions quant à la façon de se vendre en tant que titulaire d’une profession libérale. Autant d’éléments que la formation traditionnelle pour ce type de métiers n’aborde pas suffisamment. On peut même dire pas du tout. Nous constatons heureusement que les associations sectorielles proposent de nombreuses formations aux professionnels, notamment pour les notaires. La demande et l’intérêt sont très grands à cet égard. »

Ajoutons à cela que la loi sur l’insolvabilité du minister de la Justice Koen Geens considère désormais les personnes exerçant une profession libérale comme des entreprises, tout en leur reconnaissant des caractéristiques spécifiques, tells que la déontologie et le secret professionnel. En d’autres termes, une personne exerçant une activité libérale peut à présent être déclarée en faillite, ce qui n’était pas le cas auparavant. L’avantage est que dans une telle situation, elle ne se retrouve pas dans un vide juridique. Dans les faits, mais aussi en droit, les titulaires d’une profession libérale doivent donc être des entrepreneurs. »

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Un grand nombre de personnes se lancent dans une activité libérale, mais le flux de sortie – ceux qui abandonnent – est lui aussi important.
« Parmi ces personnes qui arrêtent, on retrouve souvent des jeunes âgés d’une trentaine d’années. Nous n’avons pas pu étudier ce point en détail, mais nous supposons qu’un nombre relativement important de personnes se lancent dans une activité libérale, y apprennent beaucoup de choses et remarquent dans le même temps que ce n’est pas si simple d’en vivre. Ceux qui abandonnent exercent principalement dans des secteurs occupant trop de personnes, ce qui donne à nouveau une indication sur la qualité de vie. L’équilibre entre le travail et la vie privée pèse également souvent dans la balance. Nous pensons que de nombreux starters choisissent dès lors de travailler en tant que salariés. Pour les entreprises, ils constituent souvent des profils intéressants ayant bénéficié d’une très bonne formation. »

Quel chiffre vous frappe le plus ?
« Le fait que notre secteur ait connu à chaque fois la plus forte croissance au cours des dix dernières années. Ce n’est pas rien. Un indépendant sur trois exerce une activité libérale. Je trouve que le poids des professions libérales et l’emploi qui y est lié ne sont pas assez mis en relief et sont trop méconnus. »

« Deuxième constatation notable : la féminisation se poursuit. En 2017, plus de femmes que d’hommes se sont lances dans une activité libérale. Y compris dans les professions traditionnellement “masculines” telles que comptable, avocat… C’est une bonne chose. »

L’égalité des sexes est une chose, mais qu’en est-il de la diversité culturelle ?
« Nous ne disposons pas de chiffres à ce sujet. Nous connaissons le nombre d’étrangers exerçant une profession libérale, mais c’est encore autre chose, car c’est davantage lié au fait de pouvoir se lancer dans une activité libérale dans son pays d’origine. D’après mon sentiment, je pense qu’il y a encore un mouvement de rattrapage à effectuer en matière de diversité au niveau des professions libérales. C’est un point important qui dépend beaucoup du flux d’entrée provenant de l’enseignement, mais le chemin est encore long. Présentons cela de manière plus positive : il y a encore un marché à conquérir. »

Voyez-vous également dans les chiffres des tendances spécifiques aux professions juridiques et aux notaires ?
« Les notaires forment une catégorie un peu à part, car leur nombre est réglementé. On compte actuellement 1 550 notaires, soit un quart de plus qu’il y a 20 ans. Un notaire sur trois est une femme. On observe aussi clairement une hausse du nombre de collaborateurs dans les études notariales. En 20 ans, ce nombre a enregistré une augmentation de pas moins de 60 % pour atteindre 8 000 collaborateurs. Nous devons veiller à mettre en place un cadre adéquat pour cet esprit d’entreprise grandissant chez les notaires, les avocats et les huissiers de justice. »

Le notaire-entrepreneur doit également se montrer plus communicatif que jamais auparavant.
« Absolument, mais tout est une question d’équilibre. Nous devons communiquer de manière cohérente au sujet du role de chaque profession libérale et de celle de notaire en particulier. L’absence de nuances dans les informations données m’agace cependant parfois, comme le fait que les notaires seraient trop payés, trop réglementés et trop corporatistes. Ce n’est pas vrai et nous pouvons et devons réfuter cela avec des chiffres. »

 

 

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